« On ne nait pas raciste, on le devient »

Qu’est-ce que le racisme ? Comment se manifeste-t- il ? Pourquoi existe-t- il des préjugés et des discriminations ? L’exposition « Nous et les autres » qui se tient au Musée de l’Homme jusqu’au mois de janvier répond à ces questions cruciales pour notre société via un parcours pédagogique, historique et interactif.

C’est dans un décor d’aéroport que l’exposition « Nous et les autres » démarre. L’idée de cette salle est d’expliquer le processus psychologique d’identité via lequel les êtres humains catégorisent, hiérarchisent, essentialisent le monde, allant parfois jusqu’à fabriquer des préjugés, voire du racisme « ordinaire ». Sur un écran interactif, le visiteur peut « classer » des individus selon ses origines, son genre, sa confession ou son statut social. On comprend ici que la « catégorisation » est un processus psychologique naturel de l’être humain pour se repérer face à la complexité du monde. Cependant, cette hiérarchisation peut créer un sentiment de supériorité d’un groupe vis à vis d’un autre. Cette essentialisation tend à enfermer les gens dans des représentations toutes faites basées sur seulement quelques traits particuliers.

La discrimination et ses mécanismes

Dans le livre de l’expo le psychologue social Serge Guimond explique que la discrimination « répond à un besoin psychologique d’appartenir à un groupe valorisé, qui nous permet d’avoir une identité sociale positive. Car la catégorisation sociale nous divise entre ‘’nous’’ et ‘’eux’’, nous donne une place et cela rejaillit sur l’image que nous avons de nous-même. D’ailleurs, ce besoin d’appartenance est tellement fondamental qu’il est à la source d’expériences parmi les plus douloureuse pour l’homme, telles que le rejet ou l’exclusion ». Le processus de hiérarchisation joue aussi un rôle dans « la compétition entre groupes pour accéder à des ressources limitées (matières premières, emploi, pouvoir…) et crée des attitudes hostiles envers les membres stigmatisés par ceux de position dominante veuillent justifier leurs privilèges économiques et sociaux » ajoute-t- il. La colonisation et les régimes autoritaires nationalistes sont des conséquences de ce processus. C’est dans ce sens que le philosophe bouddhiste Daisaku Ikeda dit : « Tant que nous n’aurons pas construit une société qui considère les êtres humains non comme des moyens vers un but mais comme le but lui-même, nous resterons à jamais une société de discrimination, de malheur et d’inégalités. » (Dialogue avec la jeunesse, p 192)

Le concept de « race » dans l’histoire

L’histoire est riche en exemple de catégorisation raciale ayant abouti à des racismes institutionnalisés. Les exemples traités par l’expo sont ceux du colonialisme français en Afrique où nait pour la première fois le concept de « race ». Influencés par des idéologies politiques esclavagistes, certains intellectuels de l’époque ont inventé ce concept. Cette pensée se répandra dans la société.

L'exposition continue avec l’explication de la ségrégation raciale aux Etats-Unis. On y voit bien le lien entre celle-ci et l’idéologie esclavagiste. Une autre salle évoque le nationalisme nazi obsédé par le culte de la « pureté raciale », qui causera la Shoah. Le génocide rwandais est le troisième cas mis en lumière par le musée. Exacerbé par les colons dans le passé, le racisme entre les deux ethnies majoritaires du pays, les Hutu et les Tutsi, aboutira à la mort d’un million de personnes en seulement trois mois.

« C’est impactant de voir toute cette violence avec les génocides et la discrimination. A chaque évènement la communauté internationale s’est indignée mais un an plus tard, la situation se répétait dans un autre pays du monde ! On dirait que les hommes n’apprennent pas. Si on veut changer les choses, ça commence d’abord par soi », exprime Antoine, un visiteur. Malgré tout, l’anthropologue et commissaire de l’exposition Evelyne Heyer garde espoir : « L’essence de l’humanité n’est pas raciste. Comme on peut le voir dans l’histoire, c’est seulement dans des contextes sociaux particuliers, avec des enjeux politiques, économiques, médiatiques et sociaux bien définis que le racisme apparait. On ne nait pas naturellement raciste, on le devient. »

Eduquer, c’est agir

Il est important d’étudier le passé pour comprendre le présent et construire un meilleur futur. Pour se faire, le penseur humaniste Nelson Mandela disait que « l’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde ». Le musée organise ainsi des ateliers, des conférences et des rencontres autour de l’exposition. Une projection en hommage à l’écrivain afro-américain James Baldwin ou encore un atelier de décryptage des médias sur le racisme sont par exemple proposés. Le musée travaille aussi sur une version numérique de l’exposition pour les écoles françaises. « La solution passe par l’éducation. Il faut un peu de temps pour que les gens changent, On le voit d’ailleurs qu’il y a moins de racisme qu’il y a 30 ans. Il faut continuer ! », commente Evelyne Heyer. Etat des lieux en France Sur le sujet, les statistiques donnés par le musée sont plutôt encourageants : en France, 65% des enfants issus de parents immigrés se marient avec une personne dont la famille est naturalisée depuis plusieurs générations. Aux Etats-Unis, seulement 17% des afro-américains le font. 93% des enfants d’immigrés se sentent français mais seulement 24% d’entre-eux ne sentent perçus comme tel. Des progrès sont encore à faire dans le secteur de l’emploi où les personnes d’origine maghrébine ou africaine rencontrent plus de difficultés pour être embauchés.

Solutions

L’exposition montre que le dépassement du racisme et des discriminations ne se fera pas en niant les identités, mais plutôt en les reconnaissant. Les politiques publiques peuvent jouer un rôle en ce sens. C’est le cas du Québec qui fait figure d’exemple en matière d’égalité homme-femme. Parmi d’autres initiative, la Coalition Internationale des Villes Inclusives et Durable (ICCAR) lancée par l’UNESCO développe un réseau mondial de villes échangeant leurs connaissances en vue d’améliorer les politiques de lutte contre le racisme, la discrimination, la xénophobie et l’exclusion. Evelyne Heyer pense qu’il est possible de changer les choses par des politiques multi-culturalistes bien orchestrées, par l’éducation, par des médias responsables et par des actions citoyennes. Elle conclut :

« Il faut que tout le monde agisse à son niveau pour que l’égalité et le respect des droits de l’Homme devienne une réalité ».

Info Exposition

« Nous et les autres » Musée de l’Homme, 17, place du Trocadéro, Paris 16eme, métro Trocadéro Jusqu’au 8 janvier 2018, tous les jours (sauf mardi) de 10h à 18h. Entrée : 12 euros (plein tarif), 10 euros (tarif réduit), gratuit pour les moins de 18 ans.

http://www.museedelhomme.fr/fr/visitez/agenda/exposition/nous-autres- prejuges-racisme

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© Sandra Jabalera

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